La relation entre inégalités sociales et la santé est mutuelle : si les personnes marginalisées socialement sont davantage exposées aux maladies et, notamment, à la distribution et à l’évolution des maladies chroniques, la maladie peut inversement entraîner pour elles des conséquences socioéconomiques plus substantielles (perte d’emploi, isolement, exclusion sociale), qui nuisent à leur tour à la santé. De même, les personnes au statut socioéconomique élevé sont généralement mieux protégées contre les conséquences négatives de la maladie.
Nous pouvons prendre l’exemple des inégalités de genre en contexte de pandémie. Les femmes seraient davantage à risque à l’occasion de pandémies en raison de leur surreprésentation dans le milieu de la santé et des services sociaux (lien), mais aussi de la charge mentale au sein du ménage qui leur incombe encore majoritairement et du fait de la fermeture des écoles et des garderies. Au Québec, elles comptent pour plus de 90% des infirmières et 88% des aides-soignantes et des préposées aux bénéficiaires. Les femmes seraient également plus touchées par la perte d’emploi depuis le début de la pandémie alors qu’elles sont surreprésentées dans les secteurs de la restauration et du commerce de détail, en plus d’être majoritaires parmi les travailleurs et travailleuses atypiques et à faible revenu. Le risque de violence domestique est de surcroît susceptible d’augmenter pendant le confinement.
Nous pouvons aussi l’illustrer avec les personnes en situation d’itinérance qui sont plus à risque d’être touchées par le virus et de décéder pendant la pandémie en raison des conditions de santé prévalentes parmi cette population et plus largement de leurs contextes de vie (nuits passées dans des refuges ou des campements, manque d’accès au matériel sanitaire de base, fréquentation des organismes alimentaires, accès compromis aux soins de santé). Elles auraient un taux de mortalité 5 à 10 fois supérieur à celui de la population générale. La mobilité qui caractérise cette population implique une difficulté à les rejoindre au moyen de campagnes de dépistage. Selon certains organismes de terrains, la réponse au virus aurait été peu pensée pour ces populations alors que la pandémie augmente la précarisation et la stigmatisation de ces populations pour ne penser qu’à l’isolement à domicile, au dépistage au volant et à la fermeture des banques alimentaires et des espaces publics. Certaines situations habituellement tolérées sont ainsi maintenant illégales, comme le fait de se rassembler dans les parcs ou de dormir dans le métro. À Montréal, des jeunes en situation d’itinérance auraient reçu des contrats d’infraction de 1546 $ pour non-respect des mesures du confinement.
Un troisième exemple est celui du statut migratoire, qui a une influence sur le type d’emploi occupé et le quartier habité, constitue également un facteur d’inégalité de santé dans la crise actuelle. Par exemple, le succès attribué à Singapour dans sa gestion de la pandémie a été éclipsé par le sort des travailleurs et des travailleuses migrantes. Ces travailleurs et travailleuses, qui représentent plus de 1,4 millions de personnes parmi une population totale de 5,8 millions, vivent généralement dans des dortoirs privés de 10 à 20 personnes dans des conditions insalubres. Ceux et celles qui tombent malades sont susceptibles de ne pas en informer leur employeur de craindre de perdre leur permis de travail et d’être rapatriés (lien). En dépit des alertes des organismes de défense des droits humains, aucune action n’a été entamé jusqu’à l’éclosion d’avril 2020. Or, la contagion dans les dortoirs serait liée à plus de 90% des cas au pays (lien). Le gouvernement a réagi en excluant les données concernant les travailleurs et travailleuses migrantes de celles concernant la population générale, qui connaissent des tendances opposées.
En somme, en raison des inégalités sociales de santé, plusieurs populations sont davantage à risque de contracter, d’éprouver des complications et de décéder de la COVID-19 au-delà de l’âge en plus d’en éprouver davantage les conséquences socioéconomiques. Or, les moyens déployés pour contrôler la pandémie ne sont pas toujours adaptées à leurs réalités.