L'IA dans les OBNL au Québec : un premier état des lieux et des pistes d'action construites avec le milieu

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Le 18 septembre dernier, l’Obvia a réuni une trentaine de représentantes et représentants d’organismes à but non lucratif (OBNL) et du milieu de la recherche à l’occasion de la journée L’IA dans les OBNL au Québec : état des lieux et prochaines étapes. Cette rencontre visait à mieux comprendre les réalités entourant l’adoption de l’intelligence artificielle et du numérique dans les OBNL et à réfléchir collectivement aux conditions permettant une utilisation responsable, adaptée aux réalités et aux valeurs du milieu. 

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Un premier portrait des usages et des défis 

La matinée a permis de croiser les résultats de trois projets de recherche financés par l’Obvia et les expériences des personnes participantes. 

Christophe Kermoison (HEC Montréal) a présenté les principaux constats d’une étude exploratoire sur l’adoption de l’IA dans les OBNL québécois. Si environ 80 % des personnes répondantes utilisent déjà l’IA, notamment pour des tâches liées aux communications, les usages demeurent largement ponctuels et peu encadrés à l’échelle organisationnelle. Le recours fréquent à des comptes personnels gratuits soulève par ailleurs des questions de confidentialité et de gouvernance des données. Parmi les principaux freins identifiés figurent le manque de ressources financières, de temps et de compétences. 

Martin Deron, membre de la communauté étudiante à l'Obvia et Joël Nadeau de Projet collectif ont pour leur part présenté conjointement les travaux du projet de recherche « Besoins et défis d’adoption de solutions numériques sobres et éthiques en milieu de travail au sein d’organisations sociales. » Leurs travaux explorent notamment les possibilités offertes par les outils numériques libres ou ouverts, les défis liés aux infrastructures numériques et le rôle que peuvent jouer la mutualisation et les communautés de pratique pour soutenir les organisations souhaitant développer des solutions alternatives aux grandes plateformes technologiques. 

Enfin, Sébastien Gambs, co-responsable de l’axe Droit, cyberjustice et cybersécurité de l’Obvia, a parlé des défis de conformité légale pour les petites organisations souvent sans ressource dédiée ou formée aux questions de protection des données personnelles. Développé avec Alloprof, le projet de recherche visait à développer un modèle de politique simplifiée pour évaluer les facteurs de risques pour les données personnelles pour les organisations qui travaillent avec des données sensibles.  

Des enjeux qui dépassent la technologie 

La discussion collective qui a suivi a montré que les défis associés à l’IA dépassent largement le choix des outils. Financement, compétences, gouvernance, confidentialité, protection des données, jugement professionnel, maintien du lien humain avec les bénéficiaires, équité entre les équipes, confiance des usagers et cohérence avec les valeurs organisationnelles sont autant de dimensions à considérer. 

Les échanges ont également permis d’élargir la réflexion aux petits modèles ouverts pouvant être hébergés localement, aux initiatives québécoises et issues de l’économie sociale, aux bénéfices potentiels de recourir à des formes de mutualisation d’outils et de services ainsi qu’aux enjeux plus globaux de souveraineté numérique.  

Dans son commentaire de synthèse, Mélanie Trottier, membre chercheuse à l’Obvia, a rappelé que les transformations associées à l’IA ne concernent pas uniquement la disparition éventuelle de certaines tâches, mais également leur déplacement et la transformation des rôles professionnels. Ces changements invitent notamment à porter attention à leurs effets sur l’autonomie, le bien-être et la qualité de vie au travail, de même qu’à l’évolution des attentes organisationnelles. 

Un constat transversal s’est ainsi dégagé : l’enjeu n’est pas simplement de savoir s’il faut adopter l’IA, mais de déterminer dans quelles conditions les OBNL peuvent se l’approprier de manière responsable, utile et cohérente avec leurs missions. 

Passer des constats à l’action 

L’après-midi était consacré à transformer ces réflexions en pistes d’action. À partir d’un « mur des besoins », les participantes et participants ont identifié et priorisé collectivement plusieurs besoins, avant de travailler en sous-groupes. 

Pour chacun des besoins retenus, les groupes étaient invités à envisager une trajectoire en trois temps : un premier pas réalisable à court terme, les actions à poursuivre par la suite et un objectif à plus long terme, tout en identifiant les acteurs qui devraient être mobilisés. 

L’exercice a notamment fait ressortir l’importance d’accroître la capacité collective du milieu notamment par la littératie et la formation. Parmi les pistes évoquées figurent la mise en commun des connaissances et des ressources, une meilleure connaissance de l’écosystème numérique communautaire, le développement de projets communs entre organismes et la création d’espaces permettant aux OBNL, au milieu de la recherche et aux bailleurs de fonds de poursuivre le dialogue. 

Les participantes et participants ont également souligné la valeur de telles rencontres pour le réseautage, le partage des pratiques et l’apprentissage collectif.  

Et maintenant? 

Les besoins priorisés et les pistes d’action formulées au cours de la journée contribueront à orienter la suite des travaux de l’Obvia sur l’adoption responsable de l’IA dans les OBNL. 

Cette journée constitue ainsi moins un aboutissement qu’un point de départ pour poursuivre une réflexion avec le milieu : comment renforcer les capacités des organisations, mutualiser les ressources et les expertises, mettre en place une gouvernance adaptée et, surtout, permettre aux OBNL québécois de s’approprier l’IA à leurs propres conditions, en cohérence avec leurs missions et leurs valeurs.

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