Le 30 avril dernier, l’Obvia, accompagné de NAVER et du Centre de recherche en cybersécurité et vie privée de Korea University, a agi à titre de partenaire d’un séminaire consacré à l’éthique et à la sécurité de l’intelligence artificielle (IA). L’événement s’est tenu en Corée du Sud, où Lyse Langlois, directrice générale de l’Obvia, poursuit actuellement une année d’étude et de recherche à l’École de cybersécurité et de vie privée.
Selon l’Indice économique d’Anthropic publié en janvier 2026, la Corée du Sud figure parmi les économies où l’intensité d’utilisation de l’IA progresse le plus rapidement, surpassant ses garde-fous et révélant un fossé croissant en matière de gouvernance.
« De nombreuses organisations affirment disposer de cadres éthiques, mais peu d’entre elles peuvent les démontrer au moyen de diagnostics concrets ou de processus formalisés. »
-Lyse Langlois, directrice générale de l’Obvia

Ce qui ressort de ces statistiques n’est pas seulement l’ampleur de l’utilisation de l’IA en Corée, mais sa concentration au sein des flux de travail professionnels. La Korea Institute for International Economic Policy (KIEP) estime que l’adoption de l’IA pourrait accroître considérablement la productivité à long terme, surtout dans les secteurs du savoir avancé. Les chercheurs soulignent toutefois que ses effets risquent d’être inégaux, avec une perte de compétences dans les emplois routiniers et une hausse des exigences dans les professions hautement spécialisées.
L’essor de l’IA agentive et ses enjeux de gouvernance
Les risques liés à l’IA évoluent rapidement, à mesure que les systèmes passent de simples chatbots passifs à des modèles « agentiques » de plus en plus autonomes, capables de planifier des actions de manière indépendante, d’accéder à des outils et d’interagir avec des systèmes externes. Contrairement aux IA traditionnelles fondées sur des règles prédéfinies, les systèmes d’IA agentive ne se limitent plus à répondre à une requête ponctuelle : ils peuvent planifier, coordonner et exécuter des tâches complexes de manière semi-autonome.
Ces systèmes sont généralement définis comme « des systèmes capables de prendre des décisions de manière indépendante grâce à des fonctions d’autoapprentissage, sans supervision humaine régulière ».
Cette capacité d’autonomie et d’adaptation soulève de nouveaux enjeux en matière de sécurité, de gouvernance et de contrôle des systèmes d’IA, des préoccupations qui reviennent à maintes reprises dans la troisième édition de l’État de la situation sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique, publication annuelle phare de l’Obvia structurée autour de ses sept axes de recherche.
« Le risque central des avancées rapides des systèmes d’IA agentive tient à un possible désalignement entre les objectifs assignés au système et les valeurs humaines. Sur le plan de la sécurité, des défaillances techniques ou des attaques malveillantes peuvent conduire à des comportements dangereux... »
-Hazar Haidar, coresponsable de l'axe Éthique, gouvernance et démocratie à l’Obvia
Institutionnaliser l’éthique de l’IA face à l’accélération technologique
Lors du séminaire tenu en Corée, Lyse Langlois a souligné que la confiance envers l’IA ne peut pas reposer uniquement sur des déclarations volontaires.
Elle a ainsi proposé un cadre reposant sur quatre piliers pour institutionnaliser l’éthique de l’IA : l’établissement de normes contraignantes, le développement des compétences organisationnelles, la mise en place de mécanismes d’audit et de surveillance, ainsi que l’assurance d’une adaptation continue à mesure que les systèmes d’IA évoluent.
À mesure que l’IA s’intègre plus profondément dans notre quotidien, les défaillances de gouvernance risquent de se répercuter à une vitesse sans précédent sur l’ensemble de la société.
La Corée du Sud se trouve peut-être déjà à un moment charnière, où l’adoption accélérée de l’IA met en lumière les limites des institutions actuelles. Mais cette transition représente aussi une occasion unique : celle de repenser les cadres de gouvernance, de renforcer la confiance collective et de bâtir un modèle d’innovation responsable.