Depuis l’émergence de l’intelligence artificielle générative (IAgen), une problématique s’est rapidement imposée dans le rapport entre la technologie et la société, notamment en ce qui concerne l’influence des outils et services numériques sur les pratiques d’enseignement et d’apprentissage dans l’enseignement supérieur.
Au début de l’année 2025, selon les études conduites par l’Obvia, plus d’une personne étudiante sur deux et près d’une personne enseignante sur deux déclaraient utiliser des outils d’IAgen dans leur pratique. Dans certains établissements, domaines ou cycles d’études, les taux d’adoption atteignaient près de 75 %, un phénomène sans précédent dans l’histoire des technologies éducatives.
Portrait de l’utilisation de l’IAgen par les personnes étudiantes à l’Université Laval
La présente note brosse un portrait des utilisations des outils d’intelligence artificielle générative (IAgen) par les personnes étudiantes de l’Université Laval, afin d’objectiver cette réalité.
Portrait de l’utilisation de l’IAgen par le corps professoral et enseignant de l’Université Laval
La présente note brosse un portrait des utilisations des outils d’intelligence artificielle générative (IAgen) par les personnes enseignantes de l’Université Laval, afin d’objectiver cette réalité.
Cette évolution illustre la rapidité avec laquelle l’IAgen s’intègre aux pratiques d’enseignement et d’apprentissage, souvent au service d’une recherche d’efficacité et de productivité dans un contexte où le temps et les ressources se font de plus en plus rares.
Fidèle à sa mission d’identifier les enjeux sociétaux de l’intelligence artificielle et du numérique, l’Obvia a entrepris, en partenariat avec l’Université Laval, la Chaire de leadership en pédagogie de l’enseignement supérieur et le Pôle Interordres de Montréal (PIM), une démarche pour identifier et analyser la réalité des pratiques des outils d’IAgen par les personnes étudiantes et enseignantes.
Par ailleurs, une consultation a eu lieu auprès du personnel de recherche, et une autre étude à paraître se penche sur les usages du personnel administratif.
Portrait des usages de l’intelligence artificielle générative dans les établissements d’enseignement supérieur
Une démarche collaborative a été mise en place pour collecter et analyser des données auprès de 13 établissements d’enseignement postsecondaire situés au Québec et en France, aboutissant à un total de 11 418 réponses fournies par 9 790 personnes étudiantes et 1 628 personnes enseignantes. Les analyses font émerger plusieurs constats, notamment la distinction entre deux populations : les personnes utilisatrices et les personnes non-utilisatrices d’outils d’IAG.
Différences de perception
Le croisement des regards révèle une surestimation des pratiques étudiantes par le personnel enseignant : alors que 37 % des étudiants déclarent utiliser l’IAgen pour gagner du temps, 87 % des enseignants estiment que les personnes étudiantes mobilisent ces outils pour aller plus vite. Les usages demeurent par ailleurs largement individuels, ce qui soulève un enjeu pédagogique important quant au développement de pratiques plus collaboratives et réflexives.
Nécessité d’un cadrage institutionnel
Les analyses mettent en évidence le besoin d’un cadrage institutionnel clair, tenant compte des spécificités des domaines et des cycles d’études. Il ne s’agit pas d’interdire l’usage des outils, mais de définir les conditions d’usage dans une perspective émancipatrice, éthique et responsable. La délégation totale de certaines tâches à l’outil, renforcée par des risques de dépendance ou d’anthropomorphisation, pourrait limiter l’exercice de l’esprit critique.
Conscience éthique et pratiques d’usage
Les résultats montrent une certaine conscience éthique des répondants, notamment concernant la vérification des informations fournies par les outils d’IAgen, soulignant l’importance de l’esprit critique en enseignement et en recherche. La pratique du copier-coller intégral reste marginale, avec moins de 10 % des répondants déclarant ne pas reformuler le contenu produit par l’outil. Les enseignants et les étudiants mentionnent des motivations similaires, telles que le gain de temps et la recherche d’une productivité accrue. Les pratiques se répartissent sur un continuum allant de l’automatisation de tâches à l’enrichissement des processus d’apprentissage et de recherche, mettant en lumière une ambidextrie partagée entre délégation et responsabilisation.
Réflexion sur les usages et perspectives
L’ensemble des résultats invite à une prise de distance réflexive quant à l’intégration des outils d’IAgen dans l’enseignement, l’apprentissage et la recherche. L’usage adapté de ces outils peut soutenir et renforcer les capacités critiques et créatives des individus, tout en ouvrant de nouveaux possibles. Cette réflexion doit tenir compte des valeurs et des attentes du postsecondaire, des exigences de la recherche et des évolutions sociétales du rapport au savoir, et s’inscrire dans une perspective longitudinale inter-ordre pour identifier les tendances communes aux cégeps et aux universités.
Une Journée de réflexion sur l’IA générative en enseignement supérieur
Le 18 juin dernier, l’Obvia a organisé une Journée de réflexion sur l’IA générative en enseignement supérieur, qui a réuni un large éventail d’acteurs provenant de différents horizons du milieu de l’enseignement supérieur. L’objectif était d’examiner, dans une optique scientifique et critique, les modalités d’intégration de l’intelligence artificielle générative en contexte collégial et universitaire, ainsi que de discuter des enjeux épistémologiques, pédagogiques et institutionnels qui en découlent. L'événement a privilégié la mise en valeur d’études empiriques récentes ainsi que de démarches concrètes menées par des chercheuses et chercheurs.
Cette orientation a permis d’ancrer les échanges dans des données probantes et des expériences de terrain, renforçant ainsi la portée scientifique et critique des discussions. Un bilan de cette journée a été réalisé pour synthétiser les principales conclusions et pistes de réflexion.
Le succès de cet événement confirme l’intérêt marqué pour ces enjeux. C’est pourquoi, compte tenu de l’ampleur des problématiques soulevées, une deuxième phase de collecte de données sur les pratiques des outils d’IAgen par les personnes étudiantes et enseignantes débutera à l’hiver 2026.
Ce document propose un bilan de la Journée de réflexion sur l'IA générative en enseignement supérieur, organisée par l'Obvia en collaboration avec le PIM. Il comprend les faits saillants et résultats des 5 initiatives et projets de recherche présentés lors de l'événement.
Vous pouvez manifester votre intérêt à diffuser le questionnaire dans votre établissement en contactant l’adresse collaborations@obvia